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  • METRO

    Ce matin, cette odeur d'urine au détour du couloir, comme tous les matins.

    Ce matin, ces sacs de couchage kaki alignés au bout du quai, comme tous les matins.

    Ce matin, cette rame de métro bondée, comme tous les matins.

    Ce matin, ce vieux et son accordéon, comme tous les matins.

    Ce matin, cette voix forte de la mendicité dans le wagon, comme tous les matins.

    Ce matin, ce vendeur de journaux pour rester propre, comme tous les matins.

    Ce matin, cette vieille et son gobelet posé sur les marches, comme tous les matins.

    Ce matin, ces jetés des centres déambulant avec leurs paquetages, comme tous les matins.

    Ce matin, cette rangée d'alcooliques éructant et vitupérant, comme tous les matins.

    Ce matin, cet amputé exhibant son moignon, comme tous les matins.

    Ce matin, cette violoniste embusquée à la correspondance, comme tous les matins.

    Ce matin, ce désespéré anéanti sous la rame.

     

     

    Le métro.

    La misère humaine, la compagne,

    de tous mes matins

    et soirs.

     

     

  • CARRIE JONES

    J'ai la chance (aussi pour les conversations téléphoniques et les soirées phénoménales), d'avoir une amie dont la vie est trépidante, sa personnalité est un savant mélange entre Carrie Bradshaw et Bridget Jones...

    Son don particulier est de "se fourrer" dans des situations improbables ou apocalyptiques, au choix (généreuse sa nature, quand elle y va, elle y va).

    Donc, Carrie Jones m'appelle ce soir, à minuit cinq exactement, (ça tombait bien, j'étais d'humeur râleuse).

    Je plante le décor.

    Elle est tombée amoureuse depuis peu (elle tombe souvent amoureuse sous peu) d'un bel hidalgo, sur un site de jeux en ligne, vu à la webcam depuis l'autre bout du monde, où il habite. Emballements intempestifs de part et d'autres (elle s'emballe toujours beaucoup). Dans la foulée (foulée importante pour cette course effrénée contre la montre), elle apprend qu'il vit avec une femme (là-bas) et qu'il a deux enfants (histoire d'amour en fin de parcours). Qu'importe, les amoureux sont épris et rendez-vous est pris, il viendra à Paris pour fêter le nouvel an avec sa dulcinée. Des projets de vie commune sont échafaudés sur une île au loin (n'est pas Carrie qui veut, ne rêve pas qui veut).

    Le bellâtre arrive, comme prévu. Elle me raconte au téléphone, comme prévu aussi (eh oui, les filles). Je sens une légère déception poindre dans la voix de Carrie Jones alors qu'elle me décrit son amoureux. Nous en arrivons très vite au fou rire quand elle aborde l'intégralité du portrait du personnage pas du tout en phase avec ce qu'elle avait cru déceler.

    Carrie Jones est par essence très gaffeuse comme fille, bien sûr, elle s'était empressée de confier à son élu, les clés, de son appartement (à notre grand dam, nous ses amis, mais allez convaincre une Carrie amoureuse, c'est peine perdue). Évidemment, quelques jours ont suffi pour qu'elle décide de se débarrasser, de l'intrus, accueilli à bras ouverts.

    Carrie Jones est nulle dans l'exercice de la rupture (elle se lasse pourtant vite), "elle n'aime pas faire de la peine", donc elle complique à souhait (sans le vouloir et déclenche des drames sans précédent) et alimente ainsi de ses récits épiques (oui, épiques) nos soirées (tant mieux pour nous).

    Bilan de la soirée et de son coup de fil, elle accompagne le gentil voyageur, à une soirée, au cours de laquelle, elle compte bien récupérer ses clés et rompre (beaucoup trop en une seule fois, je ferai une suite, je sens les complications arriver au galop).

    Elle m'appelle donc à mi-soirée :

    Ils étaient à peine arrivés sur le pas de la porte, que notre Carrie Jones (qui aime avoir une délicieuse haleine) demande à son prétendant, un chewing gum parfumé "aux îles", ramenés de son pays lointain. Elle machouillait goulûment (elle adore cet arôme) avant que la porte ne s'ouvre...

    Patatrac, sa dent sur pivot reste planté dans la gomme (je vous laisse imaginer l'ampleur de notre fou rire commun à ce moment du récit), notre blonde (détail important) le dit à son homme, qui remet la dent (je vous passe mes "tu n'as pas fait ça" re-émaillés de nos fous rires à n'en plus finir).

    Elle m'appelait donc en direct de la salle de bains (endroit de prédilection), c'est là où j'adore ma Carrie Jones, cette chute :

    "Je croyais aller dans une soirée pourrie, c'est super bien ! Il y a plein de gens canons ! Et moi, je suis avec lui (elle rit), il me présente comme sa fiancée (ton dépité puis elle rit encore), je vais essayer d'avoir quelques numéros de téléphone..." Et là, elle a un doute et me demande : "Tu crois qu'il va bien le prendre" (principe de précaution élémentaire, elle est sensée le quitter), et moi, je réponds "Ça arrive tout le temps dans les soirées, c'est normal, on sympathise"...

    Et nous rions ....

    La vie de Carrie Jones,  fait oublier le reste quelques bons instants.

    Je lui ai demandé l'autorisation d'écrire à la fin de notre échange téléphonique.

    Ma Carrie Jones, je t'adore. Merci pour les rires.

  • S'ENFUIR...OU MOURIR

    Un homme court, un bébé dans les bras,  sa main tient fermement un garçon d'une dizaine d'années, derrière eux, un autre enfant, seul, dans la course ou arrêté...

    Le visage crispé de ce père.

    Sa souffrance.

    Et cet enfant isolé, au milieu.

    Dans le wagon du métro, je ne distingue pas le texte, je regarde la photo du journal, par dessus l'épaule de mon voisin, sans aucune discrétion.

    Choquée, je ne parviens pas à détacher mes yeux de ce cliché.

     

    Le kénya.

     

    Tout a basculé.

    Je n'avais rien lu qui aurait pu laisser présager cette violence.

    Des tensions politiques, tout au plus.

    "On" lit tout et rien sur tout.

     

    Personne ne parle des enfants.

     

     

    Les enfants sont sages comme des images.

    Ils aiment tellement les regarder,

    les images.

    Celles qui passent dans les yeux de ces petits kényans,

    en ce moment,

    elles ne passeront jamais.

     

    Les hommes tuent l'enfance.

     

    Et nous nous regardons.

     

    Ces images là.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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